Bruno Cathala

 

Qui est-ce ?

Date de naissance       22 novembre 1963
Lieu de naissance Belley (01)
Lieu de résidence

Saint Pierre en Faucigny

Formation DUT Mesures physiques + MST Sciences des Matériaux
Profession  Auteur de jeux

 

Principaux jeux

 

Les Chevaliers de la Table Ronde, Mr Jack,

Du Balai!, Jamaica, Mow, Cyclades, Noé,

Le Petit Prince

 

Jeu primé au Concours

de Boulogne-Billancourt

 

Du Balai ! (2004)

Liste de tous ses jeux
Site officiel

 

En quête de créations

 

"Auteur de jeux de société": Bruno Cathala l'est assurément comme en attestent des jeux de qualité tels que Les Chevaliers de la Table Ronde, Mr Jack, Mow, Cyclades et plus récemment Noé ou Le Petit Prince. Les trois premiers cités se sont vendus à plus de 100 000 exemplaires chacun, on peut dès lors parler d'auteur à succès. De fait, ces belles ventes lui ont permis de faire de sa passion un métier, au prix d'une belle productivité, qui fait de lui l'un des auteurs actuels les plus prolifiques. Sérieusement, qui n'a jamais goûté à un jeu de Bruno Cathala?


Top Départ

Après des études scientifique avec un DUT Mesures physiques et un MST Sciences des matériaux, Cathala fait une entrée quelque peu tardive, à 39 ans, dans le monde du jeu de société... Mais quelle entrée!

Bruno Cathala fait une arrivée fracassante dans le monde du jeu sous la forme d'une hydre à trois têtes ou plutôt à trois jeux, tous sortis le même jour en 2002, chez Jeux Descartes: Guerre et Bêêêh, Tony & Tino et Drake & Drake.

La première sortie officielle n'est toutefois pas la première création de l'auteur. Sans Foi Ni Loi, sorti en 2003 toujours chez Jeux Descartes, est officieusement le premier jeu créé par Monsieur Cathala.

Comment Cathala en est arrivé là...

Cathala l'adolescent découvre le jeu de société lors d'une soirée chez des amis. Initié par des "grands" aux Richesses du Monde (le jeu) Bruno vit à cet instant sa chute dans la potion.

De jeu en jeu, il plonge chaque fois plus en profondeur dans sa passion et se plait à modifier les règles des jeux. De là à la création il n'y a qu'un pas?

Oui et non. Il y a d'abord la découverte de Fief gagnant du pion d'or de jeux et stratégie (prix également intégré au 2e Concours international de créateurs de Boulogne-Billancourt) qui sera ensuite édité. Cette édition lui fait réaliser que tout est possible.

Et surtout,  la création made in Cathala est nourrie par des motivations bien plus profondes mêlant désir de plaire, volonté de laisser une trace et lutte contre l'ennui. Tout en étant un hobby et une passion, la création ludique est donc bien plus que cela pour l'auteur de Mr Jack. "C'est un chemin de vie, mêlant des réponses à mes angoisses et besoin de communiquer avec les autres, besoin...d'être aimé tout simplement." confie-t-il.

Et Cathala créa !

Quand l'on demande à Bruno Cathala à quoi ressemble sa première création, sa réponse laconique laisse songeur: "moi?????". A une deuxième question portant sur son jeu préféré parmi ses propres créations, une deuxième boutade jaillit de son esprit :"demande-t-on à des parents lequel de leurs enfants ils préfèrent?".

L'homme aime le rire et les bons mots mais sait aussi reprendre son sérieux quand il s'agit de citer les étapes importantes de son parcours ludique. Trois rencontres, trois personnes ont été déterminantes dans la carrière ludique de l'auteur de Mr Jack: Bruno Faidutti (plusieurs collaboration dont une sur le Collier de la Reine), Serge Laget (co-auteur des Chevaliers de la Table Ronde, Du Balai!...) et Eric Hautemont (fondateur de Days of Wonder).

La combinaison de ces trois hommes donne les clés des débuts réussis de Bruno Cathala. En 2003, Le Collier de la Reine, chez Days of Wonder avec Bruno Faidutti comme co-auteur, est le premier jeu à connaître un bon accueil de la critique.

Deux ans plus tard, en 2005, la carrière de Monsieur Bruno prend véritablement son essor grâce à une nouvelle collaboration avec Days of Wonder. Serge Laget a cette fois remplacé Bruno Faidutti dans le siège de co-auteur. Leur oeuvre, Les Chevaliers de la table Ronde, est un hit retentissant qui met sur le devant de la scène la coopération mêlée de félonie.

Jamais les apprentis Arthur et Perceval n'ont été aussi contents de partir en quête du Graal même si parfois ça gratte un peu d'avoir les épées de Gauvain et de Galahad plantées entre les omoplates...

Hurrican, Gameworks, Maublanc et Bauza...

Ce premier triomphe en appelle d'autres. Dès l'année suivante, l'éditeur suisse Hurrican édite Mr Jack, de Bruno Cathala et Ludovic Maublanc, qui est en fait la réédition d'une Ombre sur Whitechapel, un jeu aussi apprécié que peu diffusé avec un tirage à seulement 250 exemplaires. Mr Jack est un modèle de jeu à deux combinant le meilleur des jeux de pions et le bluff. Mr Cathala se fait ainsi une place dans le paysage ludique international et... chez Hurrican.

Avec six jeux créés hors extension (Mr Jack, Mow, Mr Jack à New York, Prrrt, Jack Pocket et Dr Shark), il fait quasiment partie des meubles chez Hurrican. Leur collaboration ne s'arrête d'ailleurs pas là puisqu'il participe également au développement des autres jeux sortis par l'éditeur. Il a par exemple travaillé sur Lady Alice et Augustus.

Ayant juste une montagne à descendre ou presque, Cathala le Savoyard, passe aisément la frontière suisse pour oeuvrer pour un deuxième éditeur helvète. De ses pérégrinations alpestres sont nés trois jeux pour Gameworks : Animalia (2006) et Jamaica (2007) en collaboration avec Malcom Braff et Sebastien Pauchon et Sobek (2010) en solo, un excellent jeu de combinaisons de cartes parmi les tous meilleurs qui soient.

Cathala est un auteur qui aime partager et créer à deux cerveaux. Sur la cinquantaine de jeux créés, plus des deux tiers l'ont été en collaboration avec un ou plusieurs auteurs. La palme du binôme favori revient à Ludovic Maublanc qui, en incluant la série des Mr Jack, a été associé à la création de quatorze jeux! Outre le clan des Jack, Cyclades (2009 chez Matagot) et Noé (2012 chez Bombyx) sont deux très grandes réussites tant commerciales que critiques du duo.

A chaque année son succès, le dernier en date est également le fruit d'une collaboration, avec Antoine Bauza cette fois, avec lequel il s'associait pour la troisième fois. Le Petit Prince, sorti chez le Ludonaute en 2013, réussit le coup de maître de garder l'esprit créatif et songeur de l'oeuvre de Saint-Exupéry tout en lui adjoignant une mécanique de jeu novatrice et enthousiasmante.

Une collaboration avec Croc ou Garfield?

Loin d'être rassasié, l'auteur crée encore et toujours. Parce qu'il aime ça et parce qu'il le doit car Byzance est encore un lointain mirage pour lui... La faute au statut particulier d'auteurs de jeu qui, sur le plan fiscal, n'est pas reconnue comme une profession artistique. Les auteurs de jeu sont donc taxés comme des artisans. Du coup, malgré des ventes plus que respectables, il vit "mal" de sa passion selon ses propres termes.

Fort heureusement, la passion demeure, tout comme le désir de créer. Il poursuit avec conviction son Graal ludique: créer ce jeu fantastique auquel on aurait immédiatement envie de rejouer sitôt la partie achevée.

Peut-être que cette pépite arrivera au gré de ses futurs collaborations qui seront encore nombreuses à n'en pas douter. Et pourquoi pas au cours d'une collaboration hypothétique avec les deux auteurs auxquels il confie vouloir s'associer le temps d'une création: Richard Garfield et Croc, tout cela laisse rêveur?

Une chose est sûre, il reste encore beaucoup de lignes à écrire dans l'histoire de Bruno Cathala, le créateur de jeux.

 

Dixit

Bruno Cathala livre les motivations profondes qui le poussent à créer.

" Cela fait maintenant 10 ans...
...que j'ai la chance de voir certains de mes jeux publiés. Mais si j'ai finalement commencé tardivement à créer des jeux de société, le lutin créatif qui sommeille en moi a cherché depuis bien longtemps déjà à s'exprimer publiquement. Bande dessinée, musique, chansons, textes, peinture, depuis l'enfance, je me suis frotté sérieusement à toutes ces disciplines, et c'est finalement au travers de la création de jeux que j'ai réussi à ouvrir la porte vers les autres.

Issu d'une formation scientifique et mathématique des plus rigoureuses, qui ne laisse guère de place dans les cursus universitaire tels qu'ils sont faits, à la rêverie et à l'improbable, j'ai eu tout au long de ces années l'occasion de bien souvent m'interroger sur cette force latente et puissante me poussant sur le chemin de la création.

Cette introspection m'aura amené, au fur et à mesure des années, à comprendre et accepter les motivations profondes de ce chemin.

Ces motivations sont chez moi au nombre de trois :

Une capacité à l'ennui des plus désastreuse

Depuis tout petit, je m'ennuie hyper facilement. Vraiment. Seul, bien sûr, mais même en compagnie de proches (famille ou amis) que j'apprécie, et même aussi pendant mes études, et également au boulot. J'ai alors encore plus le sentiment de solitude, à l'intérieur du groupe. Alors pour échapper à cela, aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours raconté des histoires. M'inventant des histoires improbables dont je suis parfois le héros (souvent malheureux), ou dans lesquelles je ne suis que spectateur neutre. Cette capacité à l'ennui aura donc été chez moi un formidable vecteur de création d'histoires, que, maintenant, le jeu me permet de mettre en scène.

Le besoin de plaire / timidité

J'aime bien l'enfant que j'ai été, l'adulte (enfin.. ça reste à prouver..) que je suis devenu. Et pourtant, j'ai toujours douté de ma capacité à plaire. Ce doute, si profondément ancré, est un des moteurs de mon besoin de m'exposer publiquement : Lorsque je monte sur scène au théâtre, ou bien lorsque l'un de mes jeux paraît en boutique, le retour de dizaines de personnes qui ne me connaissent pas personnellement est directement mesurable, que ce soit au travers des réactions de la salle pour le théâtre, ou bien au travers des témoignages sur le net et les salons pour le jeu. Et comme paradoxalement je suis de plus viscéralement timide, la création de jeu devient pour moi un moyen d'entrer en communication avec tant de personnes que je n'aurai jamais osé aborder sans cela.

Peur de la mort

L'éphémère de la vie est pour moi juste.. insupportable. Je crois bien qu'il ne se passe pas une journée sans que j'y pense. Créer est pour moi un moyen de contourner l'obstacle, en laissant une trace. Une trace dérisoire, éphémère elle aussi, c'est clair, mais qui me survivra au moins quelque temps. Et imaginer que quelques années après ma disparition, des inconnus auront peut être encore du plaisir à partager des moments ludiques autour de mes jeux, imaginer que deux ou trois génération plus tard, des descendants auront une trace de cet arrière grand-père qu'ils n'auront pas connu, et bien tout cela me réconforte...au moins un peu ! Et puis... décider soi-même des règles du jeu.... C'est aussi refuser celles qui nous sont imposées par le jeu... de la vie ! ;-)

Au final,
la création, finalement ludique, n'est pas pour moi un simple hobby dans lequel j'ai eu un peu de réussite. C'est un chemin de vie, mêlant des réponses à mes angoisses et besoin de communiquer avec les autres, besoin.. d'être aimé, tout simplement."

Bruno Cathala